Backstreet Boys : l’histoire vraie du clip à 1 million qui leur a fait conquérir l’Amérique

Refusés par leur propre label, lâchés par les États-Unis, les Backstreet Boys ont sorti leur propre argent pour tourner le clip qui a tout changé. L'histoire vraie.

C’est l’un des clips les plus iconiques des années 90. Une maison hantée, cinq monstres, un hommage assumé à Michael Jackson, et une chorégraphie qu’on imite encore aujourd’hui en soirée, trente ans plus tard. Sauf qu’à l’époque, personne n’en voulait. Pas leur label. Pas leur pays. À tel point que les cinq garçons d’Orlando ont dû sortir leur propre argent pour le tourner. Voici l’histoire vraie d’Everybody (Backstreet’s Back) — et comment un seul clip a permis aux Backstreet Boys de conquérir enfin les États-Unis.

Les Backstreet Boys en 1997 — portrait du groupe, AJ McLean au centre pointant l'objectif
Les cinq garçons d’Orlando à l’époque de Backstreet’s Back (1997) — la bande qui s’apprêtait à conquérir l’Amérique. Crédit : archives presse.

1995 : un premier single, un flop, et une humiliation à domicile

On rembobine. 11 septembre 1995. Les Backstreet Boys sortent leur tout premier single aux États-Unis : We’ve Got It Goin’ On.

Le groupe est jeune, plein d’espoir, et persuadé de tenir un hit. Sauf que la réalité du marché américain est implacable. Le single plafonne à la 69ᵉ place du Billboard Hot 100. Pour un premier single attendu, c’est un échec retentissant.

À ce moment-là, le paysage musical américain est dominé par le R&B et la soul. Boyz II Men. TLC. Mariah Carey. Le hip-hop monte en flèche. Le format boys band, déjà ringardisé par la fin de New Kids on the Block quelques années plus tôt, ne fait plus recette à domicile. Leur propre pays ne veut pas d’eux.

Jive Records, leur maison de disques, prend alors une décision étonnante : changer de continent.

Les Backstreet Boys au look d'origine du milieu des années 90 — vestes et style street 90's
Le look BSB des débuts, à l’époque de We’ve Got It Goin’ On (1995) — avant que le monde entier ne s’emballe. Crédit : archives presse.

L’Europe les sauve — l’Allemagne d’abord, puis le monde

Plutôt que d’insister aux États-Unis, Jive décide de lancer les BSB en Europe. Et là, le miracle a lieu.

We’ve Got It Goin’ On file dans le top 5 en Allemagne, en Autriche, en Belgique, aux Pays-Bas, en Suisse, en France, et au Royaume-Uni. Sur l’Eurochart Hot 100, le single grimpe à la 5ᵉ place. L’Allemagne devient le tremplin. De là, la vague déferle : toute l’Europe s’emballe, puis le Japon, l’Australie, le Canada, l’Asie du Sud-Est.

Le groupe sort son premier album, Backstreet Boys, en Europe en 1996. Aux États-Unis ? Toujours rien. Le disque n’est même pas commercialisé sur le sol américain.

Le monde entier tombe amoureux de cinq garçons d’Orlando. Tout le monde — sauf les États-Unis.

Les Backstreet Boys complices et hilares — la bande au sommet de sa popularité internationale
Complices et déjà adulés sur trois continents : la machine BSB s’emballe partout… sauf chez eux. Crédit : archives presse.

1997 : un deuxième album à l’international, un premier sur leur propre sol

En 1997, les Backstreet Boys sortent leur deuxième album à l’international : Backstreet’s Back. Le monde entier attend ce disque. Stades complets. Tournées sold-out. Hystérie collective sur trois continents.

Mais aux États-Unis, l’histoire est différente. Là-bas, ils n’ont jamais existé. Leur label décide de fusionner les meilleurs titres des deux premiers albums internationaux pour en faire leur véritable premier album américain, sorti en août 1997.

Le défi est immense. À domicile, ils partent presque de zéro. Ils remplissent des stades sur tous les continents, mais à New York ou Los Angeles, ils restent inconnus du grand public.

C’est là que tout va basculer. Parce qu’ils ont une idée folle.

L’idée folle : un manoir hanté, des monstres, et un budget à 1 million de dollars

Pour leur single Everybody (Backstreet’s Back), les BSB veulent un clip qui marque les esprits. Pas une vidéo standard. Pas une chorégraphie classique en costume blanc. Ils veulent un objet cinématographique, un hommage assumé à un monument absolu : Thriller de Michael Jackson.

Le concept : un bus tombe en panne en pleine nuit. Les cinq garçons trouvent refuge dans un manoir hanté. Chacun se transforme en un monstre différent — le vampire, la momie, le Dr. Jekyll/M. Hyde, l’homme-loup, le fantôme de l’opéra. La nuit devient une fête monstrueuse. Une comédie musicale gothique. Une démonstration de personnalité, monstre par monstre.

Le réalisateur choisi est Joseph Kahn, qui deviendra plus tard l’un des plus grands réalisateurs de clips de sa génération (Britney Spears, Taylor Swift, Eminem). Le tournage se déroule à Los Angeles, du 16 au 18 juin 1997.

Le budget réclamé : plus d’un million de dollars.

Jive Records dit non.

Le clip culte d’Everybody (Backstreet’s Back) (1997), réalisé par Joseph Kahn — l’hommage assumé à Thriller que personne ne voulait financer.

Quand cinq garçons d’Orlando refusent qu’on leur vole leur vision

Le label trouve le concept « trop bizarre ». Trop cher. Trop risqué. « MTV ne passera jamais ça », est l’argument qu’on leur sert. Et puis il y a ce détail qui pose un vrai problème de marketing américain : leur titre s’appelle Backstreet’s Back. Sauf qu’aux États-Unis, ils ne sont jamais « revenus » — puisqu’ils ne sont jamais vraiment partis. C’est un premier passage, pas un comeback.

« MTV ne passera jamais ça. »

— Jive Records, juin 1997 —

Alors les BSB font quelque chose que leur label n’a pas vu venir. Quelque chose qui changera leur histoire.

Ils sortent leur propre argent pour financer le clip.

Howie Dorough l’a confirmé bien plus tard en interview : le groupe a mis plus d’un million de dollars de sa poche pour produire le clip qu’ils voulaient. Ils se battent pour chaque costume, chaque plan, chaque monstre, chaque effet spécial. Cinq garçons d’Orlando qui refusent qu’on leur vole leur vision.

Ils tournent. Ils livrent. Et ils croisent les doigts.

💡 À savoir

Le label les a remboursés (mais seulement après)

Quand le clip d’Everybody (Backstreet’s Back) est livré, Jive Records change instantanément d’avis en voyant le résultat. La maison de disques décide finalement de rembourser les Backstreet Boys pour les frais qu’ils avaient avancés.

Mais l’histoire reste celle d’un groupe qui a dû financer son propre tournant artistique avec son propre argent, contre l’avis de ceux qui étaient censés les soutenir. C’est ce qui rend le récit aussi puissant. Et c’est aussi pour ça que les BSB en parlent encore aujourd’hui comme du moment où ils sont vraiment devenus auteurs de leur propre carrière.

Quand MTV capitule, l’Amérique suit

Le clip sort à l’été 1997. MTV l’adore. La chaîne le diffuse en boucle. Les fans américains, jusqu’ici indifférents, découvrent enfin ces cinq garçons que le reste du monde idolâtre depuis presque deux ans.

L’album américain Backstreet Boys explose. Le single suivant, Quit Playing Games (with My Heart), s’installe dans le top 10 du Billboard. La machine est lancée. En 1999, leur album Millennium vendra plus d’un million de copies en une seule semaine aux États-Unis — un record absolu à l’époque pour un boys band.

Les Backstreet Boys deviennent des stars planétaires. Et tout est parti d’un clip que personne ne voulait financer.

Pourquoi Everybody continue de faire hurler les dancefloors

Trente ans plus tard, ce titre passe encore dans toutes les bonnes soirées. Dès les premières notes, on sait. On sait qu’on va lever les bras, hurler « Am I original ? Am I the only one ? » et reproduire — souvent mal, mais avec conviction — la chorégraphie qu’on a apprise devant MTV.

Ce qui rend Everybody aussi puissant aujourd’hui, ce n’est pas seulement la mélodie imparable. C’est de savoir que ce moment n’aurait pas dû exister. Que cinq garçons ont misé leur propre argent pour défendre une vision que personne d’autre ne voulait. C’est l’histoire d’un groupe qui a refusé d’être formaté par son label.

Je t’en parle ici dans le N°3 de IDOL STORY consacré aux Backstreet Boys : à voir sur Instagram.

Et toi ?

Tu connais encore Everybody (Backstreet’s back) par choeur ?

C’est exactement pour ça qu’on a créé les soirées IDOL : pour se retrouver entre fans de pop culture des années 80/90/2000, et hurler en chœur les classiques qui ont marqué nos vies. Everybody, I Want It That Way, Quit Playing Games, tout y passe. Et toujours entre gens qui se comprennent.

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Parce qu’au fond, si tu as lu cet article jusqu’ici, on est faits pour se croiser.

Sources : Wikipedia (We’ve Got It Goin’ On / Everybody (Backstreet’s Back) / Backstreet Boys discography), Billboard interview Joseph Kahn (20 ans du clip), interview Howie Dorough, archives Jive Records.

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