Fanny Beuré nous présente son premier livre sur les comédies musicales : That’s Entertainment !

Auteure
Fanny Beuré
Prix
35 Euros
Pages
512

Fanny Beuré est férue de comédies musicales. Pour nourrir sa passion dévorante, elle a inscrit au menu de sa vie la création du podcast All That Jazz et l’écriture d’un ouvrage dédiée au genre That’s Entertainment. Elle nous raconte comment elle est tombée dans la marmite, décortique pour nous les différences majeures entre productions classiques et contemporaines, et rappelle pourquoi il est important de dévorer de toute urgence la série Crazy Ex-Girlfriend.

Comment t’es venue cette passion pour les comédies musicales ? 

Petite, j’ai fait de la danse pendant longtemps mais tout a véritablement commencé au collège :  en 4e, en cours d’anglais ! On devait faire un exposé sur une star américaine. J’ai choisi Gene Kelly, un peu par hasard, car ma mère, institutrice, montait un spectacle sur Chantons sous la pluie avec ses élèves.  Et ça a été le coup de foudre ! Pour Gene Kelly, puis Judy Garland et le genre de la comédie musicale tout entier ! Cette passion ne m’a pas quittée depuis : comme quoi on ne se méfie pas assez des exposés qui peuvent dégénérer et mener… jusqu’au doctorat !

Existe-t-il un traitement différent entre la comédie musicale cinématographique et scénique, que ce soit du point de vue de la création et du public ? 

Oui, bien sûr : si c’est bien fait, on ne traite pas de la même façon une comédie musicale pour la scène et pour le cinéma. Au cinéma, la façon dont sont filmés les numéros est déterminante pour l’effet spectaculaire qui est produit et certaines choses ne sont possibles qu’au cinéma. Par exemple, dans les années 1930, le réalisateur Busby Berkeley se rend célèbre par ses plans en plongée sur des ensembles de girls dont les corps forment des motifs kaléidoscopiques. Ses comédies musicales se déroulaient dans l’univers du spectacle et les numéros étaient donc censés se passer sur la scène d’un théâtre mais bien sûr aucune place dans la salle n’offre ce point de vue-là ! Dans les comédies musicales cinématographiques les plus récentes, cette recherche de spectaculaire conduit parfois à des scènes musicales très coupées, le montage étant censé donner du rythme… Avec des résultats plus ou moins heureux (je pense par exemple à The Greatest Showman, que je n’ai pas du tout aimé !).

En termes de publics, en tout cas en France, je dirais que le public des comédies musicales sur scène est plus âgé que celui des comédies musicales (récentes) en salles car le public qui fréquente les théâtres est plus âgé que celui des films américains en salles, mais il faudrait bien sûr une analyse plus détaillée pour confirmer mon impression !

© 42nd Street de Lloyd Bacon – Chorégraphie de Busby Berkeley

Ton ouvrage et tes goûts personnels s’orientent avant tout vers la comédie musicale hollywoodienne classique. Peux-tu nous expliquer en 3 points ce qui différencie principalement le genre classique des productions de notre époque ? 

D’abord, il s’agissait d’une production bien plus industrielle. Quantitativement, bien sûr : dans la première moitié des années 1940, on a environ 60 comédies musicales par an, aujourd’hui c’est moins de 10… Mais aussi en termes d’intégration des savoir-faire : les studios avaient des unités dédiées à la production de comédies musicales (à la MGM il y avait la Freed Unit, qui a produit un film comme Chantons sous la Pluie). Ces unités permettaient de réunir de manière pérenne les meilleurs artistes, costumiers, techniciens spécialisés dans le genre – et ça s’en ressent artistiquement !

L’autre différence majeure est la virtuosité des interprètes.  Cela ne veut pas dire, bien sûr, que les stars d’aujourd’hui sont mauvaises, mais le niveau de Fred Astaire, Gene Kelly ou Judy Garland reste inégalable ! Surtout, ce sont des artistes qui ont modelé leur style autour du fait de chanter ou danser pour le cinéma : Astaire chorégraphiait sa danse en fonction du placement des caméras, Garland façonnait ses performances en fonction de la lumière qu’elle savait la plus flatteuse… Et, de film en film, ils se sont créés une véritable « persona d’acteur », une image, à travers leurs styles insolites de chant et de danse.

Une dernière différence majeure est celle des thématiques abordées. Les films de l’âge classique étaient, comme tous les autres films de l’époque, soumis au « code Hays », un code d’auto-censure adopté par la profession pour moraliser le cinéma. Donc, bien sûr, les comédies musicales classiques ont toujours des fins heureuses, une morale qui apparait parfois un peu trop mièvre… Jusqu’au tournant des années 1960 et, notamment, West Side Story.

© West Side Story

Quelle est la dernière découverte (scénique ou filmique) coup de cœur ? 

Sur ces dernières années, je dirais que ma découverte majeure c’est la série Crazy-Ex Girfriend (The CW, 2015-2019). Son pitch : Rebecca Bunch, jeune et brillante avocate new-yorkaise, décide brusquement de tout plaquer pour s’installer en banlieue de LA, à West Covina, la ville natale de Josh, un ancien amour de vacances recroisé par hasard. Cette série empruntant aux codes de la comédie romantique est aussi pleinement une comédie musicale, dans la mesure où le récit est fréquemment ponctué de séquences chantées et dansées, chaque numéro parodiant un style différent. Cette série, peu connue en France, est à la fois hilarante, sensible et extrêmement intelligente. Je la recommande vivement ! Et il se peut même que j’ai, avec une des collaboratrices de L’Ecran Pop, un tout nouveau projet à ce sujet, mais chut pour le moment ! (NDLR : Fanny est la co-fondatrice du Podcast All That Jazz, aux côtés d’Anna Marmiesse, qui collabore avec L’Ecran Pop aux scénarios de nos pré-show).

© Crazy Ex-Girlfriend / The CW

Reste-t-il dans le répertoire hollywoodien classique une comédie musicale que tu n’as jamais vue ? Si oui, pourquoi celles-ci ?  

Oui, bien sûr ! La production de l’époque était tellement pléthorique qu’il en reste plein que je n’ai pas vues : je suis loin d’avoir débusqué toutes les raretés ! Mais parmi les « grands » films plutôt reconnus, il reste Yolanda et le Voleur, de Vincente Minelli avec Fred Astaire et Lucille Bremer. Je ne sais pas vraiment pourquoi je ne l’ai pas vue alors que j’ai le DVD depuis quelques années… Il ne faisait pas partie du corpus de ma thèse, il a une réputation plus « arty » que divertissant et a d’ailleurs été un vrai échec commercial à l’époque ! Mais, aujourd’hui, comme c’est la dernière comédie musicale avec Astaire qui me reste à découvrir, j’ai comme une petite appréhension… comme si je voulais me garder le plus longtemps possible le plaisir de cette découverte !

Fanny Beuré, co-fondatrice du podcast « All That Jazz » et rédactrice du livre « That’s Entertainment ».
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