Rencontre avec Alain Wilmet, Buddy, dans We Will Rock You !

Alain Wilmet est un artiste atypique. Ce comédien-chanteur a aussi bien chanté dans le métro que sur scène, dans les bals du samedi soir que du rock-métal. D’une carrière d’informaticien, il quitte cette vie pour celle de saltimbanque. Et il a eu raison. Si vous êtes un(e) féru de spectacle (pas toujours musicaux), vous avez pu le voir sur scène dans La Cage Aux Folles, Mamma Mia ! (2012), Un violon sur le tout, Pinocchio, Merlin, Hairspray et tant d’autres ! Aujourd’hui, il enfile ses vêtements de Buddy dans le spectacle musical « We Will Rock You », sur la scène du Casino de Paris dès le 20 décembre ! Rencontre !

Salut Alain. Qui est Buddy ? Le personnage que tu interprètes dans WE WILL ROCK You ?

Buddy a peu ou prou l’âge qui est le mien, ce qui m’arrange. Il a de ce fait « déroulé du câble », mené au moins deux vies en une, ce qui est un peu, beaucoup, passionnément, parfois à la folie, mon cas. A l’horloge des quatre saisons, il est entré dans celle où les feuilles tombaient, car en 2300 elles ne tombent plus, pas plus qu’elles ne reviennent et reverdissent lors de ce que furent jadis les printemps. En d’autres termes les Arbres et plus largement LA VIE a disparu sur la planète globalsoft. Mais Buddy se souvient de ces archives compulsées et compilées en l’immense data-site où il opérait comme officier manager sénior de Globalsoft. Jusqu’à ce jour où sa conscience fut frappée, tétanisée, déchirée par l’image d’une petite fille tenant dans sa main une abeille morte, sur une musique qu’il n’avait jamais entendue jusqu’alors, titrée « the show must go on » et venue du fond des âges. Sans en avoir véritablement décidé, il « sut » seulement et s’enfuit, emportant avec lui l’étrange objet, source de sa fulgurance.

J’aime tout ce qu’il traine avec lui, catégorie lourd léger, qu’il essaie tant que faire se peut de répandre et d’essaimer. Prophète des tôles rouillées, scrutateur avisé tout autant qu’alcoolisé, il sent plus qu’il ne sait, mais entend et voit les lointains illuminés qu’il a bien du mal à expliquer. J’aime sa fatigue, sa désespérance sans retour, sa vulgarité calquée sur ce qu’il croit savoir de la foi qui pour lui anime le Rock and Roll. J’aime la joie véritable et paradoxale qu’il éprouve à percevoir qu’un Être singulier vient d’apparaitre en ce lieu de désolation. Un Anarchiste reçoit le Messie !

 

Quelle est, selon toi, la force du spectacle ?

Indéniablement les compositions de Queen, inoubliables pour l’inconscient collectif, y compris Français, Français qui, loin s’en faut, ne possèdent pas la culture des Anglo-saxons en matière de Rock and Roll. Mais Queen et leur Lutin magique qu’était Freddie Mercury a su imposer le feu d’artifices, de vérité et d’authenticité qu’ils possédaient incontestablement, avec cette folie toute particulière du Rock Anglais.

En un deuxième niveau je placerais sans conteste le fait que les chansons sont toutes « live » Chœurs compris et pulsées, toujours en live, par des musiciens, tous des « pointures » sur leurs instruments.

A cela je crois pouvoir affirmer que s’ajoute le fait que « nous », j’insiste sur le « nous », avons su créer une véritable « compagnie » au sens le plus noble du terme. Comme si chacun avait bien conscience que la vie en général et à fortiori « le métier » étaient fragiles, soumis à toutes les vicissitudes auxquelles le monde entier ne semble plus pouvoir échapper.

Et puis, moi qui ne suis qu’un très lointain avatar de Gene Kelly, notre chorégraphe, Raffaele Lucania a su créer des chorégraphies auxquelles j’assiste avec admiration et une certaine jalousie depuis les coulisses sans qu’il semble qu’elles puissent jamais me lasser. Chorégraphe épaulé avec efficacité et gentillesse par Charlyne Ribul Conte et Christopher Lopez qui n’ont jamais rechigné à me faire travailler à titre particulier, selon mes besoins. Enfin, sous la férule profondément humaniste et bienveillante de notre metteur en scène, Ned Grujic, nous avons reçu une grande liberté d’expression et d’interprétation quant à nos personnages. Et ce n’est pas rien ! Le tout faisant beaucoup plus que la somme des parties.

As-tu une anecdote marrante à nous raconter ?

Ça s’est passé lors de la « dernière », la « der des der » telle qu’elle était annoncée, ignorant alors que nous reprendrions une nouvelle fois. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il existe dans ces moments là une énergie toute particulière, pleine d’euphorie. Ainsi, terminant la scène où Oz (Sharon Laloum) rencontre Scaramouche (Charlotte Hervieux) et lui propose ses conseils en « relooking », je me lève et reprend la parole, interpellant Galiléo (Doryan Ben) mais à cet instant précis un personnage (que je ne nommerai pas) traverse le plateau de manière impromptue, juste sur ma route. « Arrêt sur image ». Quel comédien ne connait pas ce moment de terreur absolue où il rejoint le vide intersidéral, où il devient le trou noir d’une mémoire qui vient de s’effacer, là où le temps prend une autre dimension : celui de l’éternité. Heureusement il y a toujours une collaboration de plateau face à l’urgence et à l’imminence de la défaite totale pour faire repartir l’action et faire revenir le sang dans le cœur au bord de l’implosion.

Quel est ton moment préféré du spectacle et pourquoi ?

Ma prolixité (euphémisme) peinant à me limiter,  vous choisirez si besoin parmi les deux moments que je vous propose! L’interprétation de Charlotte (Hervieux) et Doryan (Ben) sur « Who Wants to live forever ». C’est un moment que j’aime apprécier, seul dans la coulisse coté jardin, pour la chanson elle-même qui parmi tant d’autres a su nourrir avec délicatesse ma mélancolie, mais également eu égard à la tendresse que j’éprouve pour les deux Personnes qui l’interprète si bien. Bien entendu je me regale de la seule chanson que je chante en solo, “these days of our lives” dont le clip fut le dernier qu’enregistra Freddie Mercury…Quant à l’autre moment que je goute particulièrement, il est à la fois égotique et… militant. C’est cette réplique quand, interrogé par Scaramouche sur ce qu’était l’Amérique, je lui réponds :

« Une nation, disparue comme toutes les autres dans le chaos climatique et l’effondrement global qui a suivi à partir des années… 2020 ! » Ceci pour dire, alors que le monde galope vers de vastes inconnus, qu’un tel spectacle, pur produit de l’entertainment peut contenir bien plus de couches que le premier degré qui le détermine à priori.

Que se passe-t-il une fois le rideau tombé ? Vous repartez chacun chez vous ? Vous débriefez ? Vous allez boire un verre ?

En semaine pour ma part, habitant assez loin dans le val d’oise, dès que le rideau tombe, je me précipite en coulisse pour me faire retirer le micro , avant de foncer me démaquiller et me changer pour aller choper un train à Saint Lazare. En revanche, le dimanche est alors jour de revanche pour boire les verres économisés en semaine ! C’est aussi ça le Rock and roll, non ?!

We Will Rock You

Du 20 décembre 2019 au 5 janvier 2020
Le Casino de Paris

Billetterie : Casino de Paris

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