Photo officielle des Spice Girls en 1996 - Mel B, Emma Bunton, Mel C, Geri Halliwell et Victoria Beckham
Les Spice Girls en 1996 : Scary, Baby, Sporty, Ginger et Posh.

Spice Girls : 30 ans après Wannabe, l’histoire vraie d’une révolution pop

Recrutées sur petite annonce en 1994, les Spice Girls ont imposé leurs règles pour devenir le plus grand girl band de l'histoire.

Il y a 30 ans, le monde découvrait cinq jeunes femmes recrutées sur petite annonce dans un magazine pro. On voulait en faire un produit formaté, calibré, contrôlable. Elles ont tout cassé pour imposer leurs règles. Voilà comment les Spice Girls sont devenues le plus grand girl band de l’histoire — et pourquoi, trois décennies plus tard, on les chante encore tous les mots.

Photo officielle des Spice Girls en 1996 — Geri, Mel B, Mel C, Victoria et Emma
Les cinq Spice Girls au sommet de leur règne, période Spice (1996). Crédit : archives presse.

Tout commence par un duo père-fils dont personne n’avait entendu parler

On rembobine le temps. 1994, Royaume-Uni. Les boys bands écrasent les charts. Take That cartonne, East 17 emporte les adolescents, et de l’autre côté de l’Atlantique, les Backstreet Boys s’apprêtent à dominer le monde.

Au milieu de tout ça, deux hommes ont une idée qui semble évidente — et que personne n’a vraiment poussée. Bob et Chris Herbert, un duo père-fils peu connu de l’industrie, se demandent : et si on faisait le même travail, mais avec des filles ?

Ce qui rend l’histoire savoureuse, c’est leur profil. Bob Herbert est comptable de formation. Chris Herbert, lui, gérait un business de paintball avant de se lancer dans le management musical. Dans les années 80, ils avaient déjà lancé Bros, un groupe pop britannique. Mais on est loin, très loin, des grandes majors qui dictent leur loi à Londres.

Et c’est précisément ce regard extérieur qui va leur permettre de voir le coup à jouer.

L’annonce qui a changé l’histoire de la pop

Pour trouver leurs futures stars, les Herbert ne sortent pas un budget marketing à six chiffres. Ils font ce que ferait n’importe qui à l’époque : le 14 février 1994, ils publient une annonce dans The Stage, le magazine professionnel britannique du spectacle.

« WANTED. R. U. 18-23 with the ability to sing/dance? R U streetwise, outgoing, ambitious, and dedicated? Heart Management Ltd are a widely successful music industry management consortium currently forming a choreographed, singing/dancing, all-female pop act for a recording deal. »

Le résultat dépasse leurs attentes. 600 candidates répondent. 400 dossiers sont retenus. Environ 100 sont convoquées en audition au Danceworks Studios de Balderton Street, à Londres, le 4 mars 1994. Elles dansent en groupes de dix sur Stay d’Eternal. Une cinquantaine est gardée pour la deuxième partie de l’audition — une performance solo.

Sur tout ce monde, cinq sont retenues : Victoria (la future Mrs Beckham), Mel B, Mel C, Geri… et une certaine Michelle.

Mais le casting initial ne fonctionne pas. Le courant ne passe pas avec Michelle. Elle est remplacée par Emma Bunton. Le groupe au complet existe enfin. Il porte un nom dont quasi personne ne se souvient aujourd’hui : Touch.

Une maison à Maidenhead, zéro salaire, et un développement à huis clos

C’est là que l’histoire bascule dans l’épopée presque artisanale.

Les Herbert installent les cinq filles ensemble dans une petite maison de trois chambres au 58 Boyn Hill Road, à Maidenhead, dans le Berkshire — à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Londres. Pas de salaire fixe. Juste un peu d’argent de poche. Pas de contrat signé. Le plan : les développer pendant des mois avant de signer quoi que ce soit avec une maison de disque.

Pendant des mois, elles répètent les chansons écrites pour elles par John Thirkell et Erwin Keiles — des collaborateurs de longue date de Bob Herbert. Elles chantent. Elles dansent. Elles apprennent à exister ensemble, à se chamailler, à se compléter. Ce qui se joue dans cette maison de Maidenhead, c’est l’incubation de l’un des plus gros phénomènes pop de la décennie. Et elles ne le savent pas encore.

En décembre 1994, les Herbert organisent enfin un showcase pour les présenter à des décideurs de l’industrie musicale. La réaction est extraordinairement positive. Tout le monde veut travailler avec elles.

Sauf qu’à ce moment précis, les filles ont déjà compris quelque chose que leurs créateurs n’ont pas vu venir.

La maison du 58 Boyn Hill Road à Maidenhead où vivaient les Spice Girls avant leur signature
Le 58 Boyn Hill Road à Maidenhead (Berkshire, Royaume-Uni) : la petite maison de trois chambres où les cinq futures Spice Girls vivaient et répétaient avant de signer chez Virgin Records. Crédit : Google Street View.

Le coup d’éclat : partir avec leurs propres démos

Heart Management — la société des Herbert — leur propose enfin un deal officiel. Mais le contrat est trop contraignant. Trop de contrôle, pas assez de marge de manœuvre. Pas question pour les filles de signer.

Ce qu’elles font ensuite va devenir une légende racontée dans toutes les biographies du groupe : en mars 1995, elles quittent Heart Management. Mais pas les mains vides. Elles partent avec leurs propres démos. On raconte même qu’elles les ont planquées dans leurs sous-vêtements pour pouvoir les sortir du bureau sans alerter qui que ce soit.

À ce stade, leur objectif est clair, presque inflexible : construire le groupe selon leurs propres règles.

Imposer Wannabe contre l’avis de Virgin Records

Libres de leurs mouvements, les futures Spice Girls vont avancer avec une détermination qui surprend toute l’industrie. Simon Fuller devient leur manager. Elles choisissent leur producteur en se pointant directement chez lui, sans rendez-vous. Et finissent par signer un deal avec Virgin Records.

Même à ce stade, elles continuent d’imposer leurs décisions. La maison de disques veut sortir une chanson appelée Love Thing comme premier single.

« Les filles disent non. Elles veulent Wannabe. »

— Virgin cède. —

1996 : le single qui a tout fait basculer

En juin 1996, Wannabe sort d’abord au Japon. Un mois plus tard, le single arrive au Royaume-Uni le 8 juillet 1996 — soit trente ans pile cette année. Personne n’est vraiment prêt pour ce qui arrive ensuite.

Wannabe se place numéro 1 dans plus de 30 pays. C’est l’un des singles les plus vendus de l’histoire de la pop. C’est aussi — et surtout — le début d’un phénomène culturel qui dépasse complètement la musique.

Détail savoureux : le clip était initialement prévu dans un bâtiment exotique à Barcelone. Quelques jours avant le tournage, l’équipe n’obtient pas les autorisations. Plan B en catastrophe : le St Pancras Renaissance Hotel à Londres, et son escalier rouge à fleurs de lys dorées. C’est sur ces marches que naît, en plan-séquence, l’un des clips les plus iconiques des années 90.

Les magazines s’arrachent leurs cinq personnalités. Le monde leur donne des surnoms qui resteront : Scary, Sporty, Posh, Ginger, Baby. Et un slogan qu’elles vont propulser sur toute la planète : GIRL POWER.

À savoir

D’où vient vraiment le « girl power »

Petite mise au point, parce qu’on lit souvent l’inverse : les Spice Girls n’ont pas inventé le « girl power ». L’expression existait déjà dans les années 90, portée par la scène riot grrrl américaine — notamment le groupe Bikini Kill, qui l’utilisait dans ses fanzines dès 1991. Le groupe britannique Shampoo a même sorti un single intitulé Girl Power en 1995-1996, juste avant l’explosion Spice Girls.

Ce qu’elles ont fait, c’est propulser le slogan à l’échelle mondiale. Elles l’ont transformé en marque de fabrique pop, en philosophie de groupe, en mot d’ordre repris jusque dans les cours de récré. Le « girl power » est entré dans le langage courant international grâce à elles — mais pas avec elles.

30 ans après, pourquoi on les chante encore

Aujourd’hui, on a beau être adultes, on a beau avoir vu défiler des dizaines de phénomènes pop depuis, les Spice Girls continuent de nous parler. Pas seulement parce que les mélodies sont imparables (même si elles le sont). Pas seulement parce qu’on connaît toutes les paroles par cœur (même si c’est vrai).

C’est parce qu’elles ont incarné quelque chose qu’on cherchait toutes, sans savoir le nommer : une bande de filles qui s’aiment, qui s’assument, et qui imposent leur vision contre l’avis de tout le monde.

À l’écoute de Wannabe, on a toujours douze ans devant MTV. À celle de Spice Up Your Life, on est encore en train de hurler dans la voiture en revenant du collège. C’est ça, un classique. C’est ça, une histoire qui n’a pas pris une ride.

Soirée IDOL L'Écran Pop : la foule reprend en chœur les tubes des Spice Girls sur scène
Soirée IDOL de L’Écran Pop : la scène, les paillettes, le public qui chante les Spice Girls à pleins poumons. Crédit : L’Écran Pop.

Et toi ?

T’as encore les chorées dans les jambes ?

C’est exactement pour ça qu’on a créé les soirées IDOL : pour se retrouver entre fans de pop culture des années 80/90/2000, et chanter à pleins poumons les tubes qui ont marqué nos vies. Wannabe, Stop, Say You’ll Be There — tout y passe. Et toujours entre gens qui se comprennent.

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Parce qu’au fond, si tu as lu cet article jusqu’ici, on est faites pour se croiser.

Sources : Discographie officielle Spice Girls, biographies du groupe, archives The Stage.