Comment un short doré à 50 pence a fait entrer Kylie Minogue dans la légende

En 2000, un short en lamé doré acheté 50 pence sur un marché londonien a relancé Kylie Minogue. L'histoire vraie d'une des résurrections les plus iconiques de la pop.

À la fin des années 90, l’industrie pop britannique avait enterré Kylie Minogue. Pire vente UK de toute sa carrière, plus aucun label pour la signer, et une presse qui l’appelait « la perruche chantante ». Puis un short en lamé doré, acheté 50 pence sur un marché vintage londonien, a tout changé. L’histoire dingue derrière l’une des résurrections les plus iconiques de la pop.

Kylie Minogue dansant en short doré dans le clip de Spinning Around (juin 2000)
Le plan culte du clip Spinning Around (Parlophone, juin 2000). Réalisation : Dawn Shadforth.

1998 : la traversée du désert

On est en 1998. Kylie Minogue a 30 ans. Et tout ce qui l’entoure semble lui rappeler qu’à cet âge-là, dans la pop d’alors, on est censée jouer un autre rôle que celui de star.

Kylie Minogue en 1998 lors de l'ère Impossible Princess, deux ans avant son comeback
Kylie à l’époque Impossible Princess (1997-1998), deux ans avant le comeback.

Quelques mois plus tôt, son sixième album, Impossible Princess, est sorti. Un projet où elle a tout donné : pour la première fois, elle a co-écrit toutes les chansons, exploré le trip-hop, le rock électronique, collaboré avec les Manic Street Preachers. Un disque vibrant, personnel, ambitieux. Et qui s’est planté.

En Australie, Impossible Princess fait #4 et reçoit la certification platine. Mais en Europe, c’est la dégringolade. L’album entre à la 10e place du UK Albums Chart, puis chute à 22, puis 41, puis 70 en quelques semaines. C’est la pire vente d’un album studio de Kylie au Royaume-Uni — un record peu glorieux qu’il battra encore plus tard.

Conséquence directe : Deconstruction Records, le label de Kylie depuis 1993, met fin à leur collaboration en novembre 1998. Six ans de relation, terminés. La presse anglaise, jamais tendre, s’en donne à cœur joie. Elle l’appelle « la perruche chantante » — surnom hérité de ses débuts dans la pop kitsch de Stock Aitken Waterman dans les années 80. À 30 ans, écrivent certains, c’est fini pour elle.

Kylie Minogue dans les années 80, l'époque où la presse la surnommait « la perruche chantante »
Les années Stock Aitken Waterman : l’image dont Kylie cherchait à se défaire.

Pendant plus de six mois, plus aucun label ne veut prendre le risque de la signer.

Le pari Parlophone

Plus aucun, sauf un. Et pas des moindres.

En juin 1999, Parlophone — le label historique des Beatles — signe Kylie Minogue. C’est un pari risqué. À cette époque, Parlophone est connu pour ses artistes prestigieux et son catalogue rock. Signer une chanteuse considérée comme has-been par la presse anglaise n’a rien d’évident.

Mais l’équipe Parlophone voit quelque chose que les autres ne voient pas. Ils misent sur un retour aux sources : et si Kylie laissait tomber ses ambitions expérimentales pour revenir à la pop disco qui avait fait son ADN dans les années 80 ? Et si elle se réinventait une troisième fois ?

Pendant l’année qui suit, Kylie travaille avec une nouvelle équipe : le producteur Mike Spencer, les compositrices Paula Abdul et Kara DioGuardi pour le single de relance. Le titre choisi est Spinning Around — un morceau dance-pop ensoleillé, optimiste, qui parle littéralement de réinvention.

Mais ce n’est pas la chanson qui va faire entrer Kylie dans la légende. C’est ce qu’elle va porter.

Le short à 50 pence

Pour raconter l’histoire du short doré, il faut retourner quelques années en arrière. À la fin des années 90, Kylie est à Londres avec son amie de longue date, l’artiste Katerina Jebb. Toutes les deux partagent une passion pour les marchés vintage et les trouvailles inattendues.

Sur North End Road, dans l’ouest de Londres, Katerina tombe sur un short doré en lamé. Une pièce vintage, scintillante, parfaitement Y2K avant l’heure. Le vendeur veut s’en débarrasser. Katerina se tourne vers Kylie : « Donne-moi 50 pence, je te les prends. »

Kylie les enfile en rentrant. Ils sont parfaits. Elle les porte à une soirée déguisée peu après. Puis les range au fond de son tiroir à sous-vêtements. Et les oublie complètement.

Près de deux ans plus tard, son styliste William Baker — bras droit créatif de Kylie depuis des années — fouille dans ses affaires pour préparer le clip de Spinning Around. Il tombe sur ce short oublié. Il vient voir Kylie, le short à la main, et lance simplement : « Qu’est-ce que tu penses de ça ? »

Kylie dit oui.

Juin 2000 : le clip qui change tout

Le 19 juin 2000, Spinning Around sort. Le clip, réalisé par Dawn Shadforth, montre Kylie dansant dans une boîte de nuit aux néons rétro. Elle porte le short doré, accessoirisé d’un haut Stella McCartney et de chaussures dorées.

Quatre minutes. Et un emballement médiatique sans précédent.

Spinning Around devient le premier numéro 1 anglais de Kylie depuis dix ans — son dernier remontait à Tears on My Pillow en janvier 1990. Le single fait également #1 en Australie. La presse, qui la moquait six mois plus tôt, se prend de fascination pour son retour.

Mais ce qui transforme ce succès commercial en moment culturel, c’est le short. Les tabloïds britanniques en font une obsession. L’un d’entre eux lance même une campagne — totalement sérieuse — pour faire classer le postérieur de Kylie comme « site du patrimoine mondial d’exceptionnelle beauté naturelle ». La BBC, plus tard, classera ces hot pants parmi « les objets les plus iconiques de l’histoire de la pop ».

L’album Light Years, sorti en septembre 2000, est un énorme succès commercial. Et l’année suivante, en septembre 2001, sort Can’t Get You Out of My Head — le single qui fera de Kylie une star mondiale incontestée, vendu à plus de 5 millions d’exemplaires, numéro 1 dans 40 pays. Avec à la clé l’album Fever, à plus de 6 millions d’exemplaires.

La perruche chantante était devenue une diva pop intouchable.

Et le short, lui ?

Aujourd’hui, le short à 50 pence n’est plus dans le tiroir à sous-vêtements de Kylie. Il a fini exposé à l’Arts Centre Melbourne, dans la ville natale de Kylie. Conservé dans des conditions climatiques contrôlées. Derrière une vitre pare-balles.

« Elle est libre comme l’air dans ce short. C’est une question de libération, ce n’est pas vulgaire. Ce short est iconique, il fait partie de l’histoire de la pop. »
— Katerina Jebb, amie et photographe (à CNN)

Cinquante pence à l’aller. Patrimoine national au retour.

Aller plus loin

Le documentaire Netflix

Si l’histoire de Kylie te passionne autant que nous, sache qu’un documentaire en trois épisodes vient de sortir sur Netflix. La mini-série retrace l’intégralité de sa carrière, depuis ses débuts dans le soap australien Neighbours en passant par ses années Stock Aitken Waterman, sa traversée du désert européenne, sa renaissance avec Spinning Around, son combat contre le cancer du sein en 2005, et son retour triomphal sur les scènes internationales.

Une plongée dans la véritable folie de l’une des plus longues carrières pop de l’histoire — et un complément parfait à cet article pour celles et ceux qui veulent comprendre la légende dans son ensemble.

Et toi ?

Tu connais ces tubes par cœur ?

À Paris, on a créé les soirées IDOL : la nouvelle soirée rétro-pop où on se retrouve entre nostalgiques des années 80, 90 et 2000 pour chanter, danser et revivre tous ces souvenirs. Spinning Around, Can’t Get You Out of My Head, Loco-motion, I Should Be So Lucky… Pas besoin de connaître les chorés. Juste l’envie de revivre ces moments à fond, à La Bellevilloise, entre gens qui se comprennent.

Réserve ta place IDOL →

Cet article est le complément de notre IDOL Story #5 consacré à Kylie Minogue. Toutes nos IDOL Stories sont à retrouver sur @lecranpop, chaque dimanche à 18h.

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Sources : interviews de Katerina Jebb et William Baker (CNN), discographie officielle Kylie Minogue / Parlophone, archives BBC, Arts Centre Melbourne.